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Abandonné par ses équipiers, Cadel Evans a montré ses limites dans la dernière ascension. L’Australien perd son maillot jaune pour neuf secondes
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Auttorisation nrco du 03.02.2005
L'Australien Gerrans s'est imposé. Mais c'est le coup de force des CSC qui a marqué la première étape de la trilogie alpestre. Franck Schleck est en jaune. Six hommes se
tiennent en 50 secondes.
De notre envoyé spécial à Prato Nevoso
La bagarre a bien eu lieu à Prato Nevoso. Elle fut à ce point tactique et sublime sur la pente italienne que l'on a déjà hâte d'être à mardi. Oui, avaler d'un coup
cette journée de repos à Cuneo, pour assister à de nouvelles joutes sur La Lombarde ou La Bonnette-Restefond.
Car hier, si les ténors ont escamoté le terrible col d'Agnel et ses 2.744 m, puis ont laissé libre cours à un quatuor qui a joué la gagne loin, très loin devant, la partie de poker menteur qu'ont
livré Kohl (Gerolsteiner), Sastre, les frères Schleck (CSC), Valverde (Caisse d'Epargne), Menchov (Rabobank), Vandevelde (Garmin), Evans (Silence-Lotto), Kreuziger (Liquigas) et Sanchez
(Euskaltel) a donné au scénario une tournure insoupçonnée.
Imaginez, ils sont désormais six – Franck Schleck, nouveau maillot jaune, Kohl, Evans, Menchov, Vendevelde et Sastre dans cet ordre – à se tenir en moins de cinquante secondes. Même pour Kirchen
(Columbia, 7
e à 2'48) ou Efimkin (AG2R, 8
e à 3'36), l'affaire n'est pas encore entendue.
Voilà au moins un côté rassurant : le Tour n'a pas trouvé son patron. Mais il a en revanche définitivement mesuré la puissance de feu des CSC de Bjarne Riis. Elle est terrible et laisse la
formation danoise en position de force, désormais.
Car sur la montée de Prato Nevoso, elle a démontré
« son homogénéité et surtout qu'elle était une grande équipe capable de se retrouver sur tous les terrains », dixit Franck Schleck.
L'aîné de la fratrie sait toutefois qu'il doit une fière chandelle à son cadet, Andy. Passé à la trappe dans les Pyrénées, celui-ci aura été un véritable détonateur.
« Ce qu'il a fait
aujourd'hui est du grand art », saluait d'ailleurs Franck.
« J'ai montré que ma forme était là », estimait plus modestement l'intéressé.
« J'étais toujours derrière Franck dans les derniers kilomètres. Je lui disais attaque maintenant,
maintenant. Ça glissait, c'était dangereux, mais Franck est en jaune ! »
Les routes transalpines sont effectivement dangereuses. Elles ont causé la perte d'Oscar Pereiro (Caisse d'Épargne), projeté dans le ravin et relevé avec une fracture de l'épaule et de la jambe.
Elles ont envoyé au tapis Cunego (Lampre), pourtant l'enfant du pays, en même temps que Nibali (Liquigas) ou Millar (Garmin).
Il y a eu, aussi, la glissade de Menchov. Celui-là, pour une fois qu'il levait ses fesses pour porter une attaque, il s'en rappellera…
Tout ceci est intervenu avant qu'Evans ne passe un mauvais moment. Privé d'équipiers, l'Australien s'est accroché, a tangué, puis enfin cédé sous les coups de boutoirs d'un Andy Schleck
déchaîné.
Lorsque Sastre, Menchov, Kohl et Valverde se sont envolés, non pas pour tenter de reprendre Gerrans (Crédit Agricole), Martinez (Euskaltel), Pate (Garmin) et Arrieta (AG2R-La Mondiale), mais bien
pour venir se replacer au général, le mal était fait. Cadel Evans venait de rendre son paletot.
Pour une fois,
Menchov attaque
mais il chute
Il comptait une seconde d'avance sur Franck Schleck avant le départ. Il en compte désormais huit de retard. Maigre consolation pour lui, c'est son compatriote Simon Gerrans qui est venu
surprendre tout le monde au sommet de Prato Nevoso.
Pour la première des trois étapes alpestres, le spectacle a donc été au rendez-vous. Presqu'un feu d'artifice. Maintenant, échappons au prisme du Tour de France. Oublions cette vision idyllique
d'un cyclisme où les héros du jour n'ont, pour une fois, pas grimpé en apnée.
Intéressons-nous plutôt à cette démonstration de force des CSC qui installe trois des leurs dans les six premiers du général. Elle laisse évidemment perplexe. Mais puisque Franck Schleck a
déclaré que la multiplication
« des contrôles et le fait qu'ils fonctionnent bien était une très bonne chose », alors tentons d'y croire. Une dernière fois. Nicolas TAVARÈS
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