
www.velochronique.com/Romain Feillu a éclaté en vol. 169e sur 178, à cinq minutes du vainqueur, un Maillot Jaune intégralement décousu, contre-coup vraisemblablement de sa glorieuse étape d'hier. La page est tournée. La main passe à Stefan Schumacher, vainqueur très inattendu mais pas parfaitement surprenant d'un contre-la-montre qu'il a maîtrisé de bout en bout, sans l'écraser. Les trente kilomètres de ce chrono précoce, sur un Tour qui en compte quatre-vingt-trois, ont un peu mis en évidence les forces en présence sans pour autant accélérer le jeu. Bilan difficile.
Avant tout, pour la victoire d'étape : Schumacher, Kirchen, Millar ; un trio vraiment inattendu, à la place des favoris qu'on guettait (Evans pour le Tour, Cancellara pour l'étape). L'Allemand (devenu Maillot Jaune par la même occasion) a fait preuve d'une impeccable maîtrise, sans tyrannie. Il ne nous avait pas habitués à de telles performances sur un chrono du Tour, mais on le savait en réalité très bon rouleur sur des distances moyennes. Il roulait sur son terrain. Cette victoire a simplement le chic de mettre mal à l'aise une partie des observateurs, en raison de son passé trouble. La deuxième place de Kirchen, déjà en vue dans les arrivées sur plaine, est symptomatique de l'émergence actuelle des coureurs polyvalents.
Quant au classement général : pas de panique, même si Schumacher a très bien roulé, les écarts demeurent minces. Loin d'être spectaculaire, cette victoire est le signe d'un nivellement général des performances et de l'absence d'un gros patron rouleur. Il faut aller jusqu'au 13e pour franchir la minute de retard. Les dauphins du vainqueur lâchent une vingtaine de secondes. L'intérêt du général commence au 4e du jour, Cadel Evans : très honorable performance, sans plus (à 00'27). Son principal adversaire, Valverde, est 23e à 1'34 du vainqueur (à 1'07 d'Evans). Le retard pris par l'Espagnol n'est en rien inquiétant, mais si la victoire se joue sur un écart réduit, comme depuis 2006, il pourrait devenir capital.
Les bonnes performances du jour, relativement à Evans : Menchov (6e, à 7 secondes d'Evans), qui se positionne après les 38 secondes perdues dans la coupure de Nantes, ce qui le replace parmi les favoris sérieux de ce Tour ; Cunego (à 59 secondes d'Evans), mieux que Valverde et donc particulièrement tenace dans un exercice qui d'ordinaire le désavantage lourdement, même s'il ne devrait pas recommencer ainsi dans le dernier chrono ; Andy Schleck (à 1'02 d'Evans), mieux que son frère, positionné pour jouer les trouble-fête ; Sastre (à 1'16 d'Evans), convenable et à sa place, correctement placé en vue de la montagne ;Kreuziger (à 1'24 d'Evans), bien pour le jeune poussin, à surveiller sur la durée.
Moyens à insuffisants : Frank Schleck (à 1'47 d'Evans), rien de diaboliquement mauvais et rattrapable ; Haimar Zubeldi (à 2'55 d'Evans), qui s'éloigne déjà du podium si l'on imagine aussi le dernier chrono ; Popovich (à 2'56), décevant ; Ricco (à 3'09), qui ne jouera probablement plus les premières places du général.
La distance de ce chrono est finalement très adéquate. L'épreuve n'a pas creusé de gouffre et ménage toutes les possibilités. Pas de vrai patron en perspective, pas d'exploit véritable, des écarts minces et raisonnables en haut du classement et des défaillances lourdes plus bas. Le chrono a nivelé par le bas, contrairement à ces dernières années. Les favoris n'imposent pas de domination, et la course aux premières places de l'étape s'est dissociée de la course au général, chose devenue inhabituelle dans un chrono du Tour. La course est grande ouverte.




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