13 H 35.
Le bus de la Lampre garé devant un fourgon des douanes, un ou deux chasseurs d'autographes qui y passeront la journée, des commerçants qui n'avaient rien vu de spécial dans la matinée (« Ah
bon, ils arrivent aujourd'hui, les coureurs ? »), c'est le calme plat dans le nouvel aérogare de l'aéroport de Brest-Guipavas.
GUIDO DESCEND DU BUS.
Ah, le premier survêtement bleu et rose ! Le premier coureur forcément. Quoique. On le voit mal sur un vélo. Ou alors dans une descente. Ezio, la trentaine souriante, est en fait le chauffeur
du bus. « Allez voir Guido, il est dans le bus ». Guido, c'est le boss. Toujours dégarni comme à la grande époque de la Carrera et de ses six succès d'étape dans le Tour, dont une sur les
Champs en 86, le grand Bontempi ne se fait pas prier pour descendre. « C'est encore tranquille. Les coureurs ne sont pas encore entrés dans le Tour. » Six coureurs, partis de Milan via Paris,
sont là, dont l'un des favoris du Tour, Damiano Cunego. Les trois autres (Mori, Smyd, Righi) sont arrivés plus tard dans la soirée.
Ezio était encore là pour les amener à leur hôtel à Lampaul-Guimiliau.
VOLPI MONTRE SON DOIGT. Dans la roue des Lampre, la Barloworld du meilleur grimpeur du Tour 2007, le
Colombien Mauricio Soler, fin comme une branche. Heureusement qu'il n'est pas mannequin, il aurait été interdit de défilé. Le directeur sportif Alberto Volpi, qui, lui, pourrait être modèle
pour quadras chez Dolce et Gabbana, est soucieux : Soler a chuté au Tour d'Italie, le car a du retard, et la Bretagne, il ne la porte pas dans son coeur. En 1995, il portait les couleurs de
la Gewiss Ballan lors du prologue apocalyptique de Saint-Brieuc. « J'ai chuté au même virage que Boardman. Regardez, mon doigt s'en souvient encore... » Un crachat de chewing-gum enchaîné
d'une reprise de volée à la Totti et Volpi s'en va avec ses soucis.
16 H 57. L'airbus en provenance d'Orly glisse sur le tarmac de Guipavas. Il a vingt minutes de retard. Le bus
flambant neuf de Team Columbia (ex High Road), celui, tout orangé, des Basques d'Euskatel et des voitures siglées Cofidis, Agritubel, Caisse d'Epargne ou Saunier Duval l'attendent comme des
taxis.
MOREAU REGARDE LE CIEL. Chemise blanche, jean délavé, besace en bandoulière, le cheveu impeccable, Christophe Moreau, via Bâle et Mulhouse, est l'un des premiers à pénétrer dans
le hall de la « raie manta ». Premier réflexe, scruter le ciel breton. « J'espère que ça va tenir... », sourit-il. Le chef de file de l'équipe Agritubel a le coeur léger. « Mon programme de
la soirée ? Me poser tranquillement à l'hôtel, discuter matériel avec les mécanos. On ira rouler demain ». Hincapie, Kirchen, Di Gregorio, Ciolek, Duque, présents dans le même vol, attendront
également ce jeudi avant de sortir le vélo pour une première sortie d'entraînement. Carlos Sastre, le dernier à prendre possession de ses bagages, traverse incognito les allées de l'aérogare.
Le Madrilène de l'équipe CSC est pourtant l'un des favoris du Tour 2008...
CANCELLARA EST TOUJOURS PRESSÉ. Fabien Cancellara a-t-il aperçu la flamme rouge à Guipavas ? Toujours est-il
que le meilleur « finisseur » de la planète a giclé comme une balle de l'avion qui l'amenait de Lyon. Exactement comme sur le récent Tour de Suisse ! « On est un peu en retard », fait-il mine
de s'excuser en donnant l'accolade au chauffeur de l'équipe CSC.
PASSERON REPENSE À MORGAT. 25 ans et premier Tour pour le seul Français de la Saunier Duval, Aurélien Passeron. Rubens
Bertogliati, son équipier, en est à son quatrième. Il pense déjà au contre-la-montre de Cholet, mardi. « Je parle italien, raconte Passeron, et puis Rubens parle aussi français ». Brest ou
Vladivostok, Passeron s'en moque du moment que le Tour part avec lui. « Mais j'adore votre région. J'ai un super souvenir de vacances d'été à Morgat. J'avais huit ans. » Hier, il avait aussi
le même regard.
NICOLAS JALABERT S'INQUIÈTE. « La première semaine sera dure et sûrement moins monotone que d'habitude », prédit Jalabert, le frère de l'autre, le commentateur. «
Trompette », à cause de son nez en forme de... , a déjà gagné deux fois le Grand Prix de Rennes et une Route Adélie (« mais je ne sais pas si c'est en Bretagne, la Route Adélie »). Mais
toujours pas d'étape du Tour (deux fois deuxième). Ses sourcils se froncent quand on lui annonce qu'il pourrait pleuvoir ce week-end. « Ça, c'est embêtant... » Di Gregorio passe en coup de
vent : « Oui, merci, j'ai fait bon voyage, parfait, au revoir. » Grimpera-t-il les cols aussi vite ?
18 H 35. Annoncé à 17 h 10, le « Charles-de-Gaulle » atterrit avec près d'une heure
trente de retard dans le Finistère-nord. Il est pourtant accueilli, au son de la fanfare et de la célèbre « pitchouli », par une troupe plutôt colorée. Est-ce en l'honneur de Thor Husvhod, de
Jens Voigt ou de Jimmy Casper ? Pas du tout...
HUSHOVD RATE SON SPRINT. Thor Hushovd a bien fait d'aller roulotter une heure le matin : il aura passé toute l'après-midi à ruminer dans
son siège d'airbus. « J'ai quitté Genève à 14 h, on est arrivé à Paris, l'avion avait un problème, on a perdu un temps fou... », peste le Norvégien de Crédit Agricole. Jean-Jacques Henry, son
directeur sportif, l'attend pour le conduire à l'hôtel de la banque verte à Gouesnou. « On va rouler sept heures demain, Thor ? », glisse le Costarmoricain pour lui décrocher un sourire. Ça
marche...
FACCI NE VOIT RIEN VENIR. Mauro Facci va-t-il devoir appeler un taxi ? Le jeune Italien de la formation Quick Step, appelé au dernier moment en remplacement de Kevin Van
Impe, attend désespérément sur le perron de l'aérogare et ne voit toujours rien venir. Il doit utiliser son mobile. « Maaa, cé Mauro... ». Quelque chose nous dit que son coéquipier Tom
Boonen, écarté pour avoir reniflé de la cocaïne, aurait eu le droit à davantage d'égards.
LORELINE GAGNE L'ÉTAPE. Pas un regard pour les coureurs : la fanfare du magasin de
déguisements « Auguste » de Saint-Louis ne joue pas pour eux mais pour Loreline qui rentre au pays. Cette jeune Brestoise de 17 ans, au nom de coureur italien (Fanzetti), pianiste et
excellente comédienne paraît-il, était partie passer quinze jours à Tahiti « voir une amie ». Elle y est finalement restée un an, le temps de passer son bac. Sa famille et ses ami(e) s
pleurent de joie. Pas la peine de chercher ailleurs le grand moment d'émotion de la journée. Le bouquet de cette drôle de première étape, disputée sur le circuit de l'aéroport de
Brest-Guipavas, est pour elle. Loreline termine loin devant Sylvain Chavanel, arrivé peu après 20 h. Cadel Evans et Alejandro Valverde, les deux grands favoris du Tour, dont l'arrivée était
annoncée vers 22 h 30, ont, eux, carrément explosé. Ils ont trois semaines pour rattraper le temps perdu.
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